13 juin 2009
7e anniversaire de la création de La Dépêche de Kabylie
Les journaux qui ont fait de la démocratie leur valeur essentielle, en accompagnant la société dans ses luttes quotidiennes, particulièrement sur le front de la lutte contre le terrorisme islamiste et l’intégrisme, ont joué un rôle de premier plan sur le terrain de l’information et de la sensibilisation. L’ «aventure intellectuelle», comme se plaisent à l’appeler ceux qui ont investi ce métier de la presse écrite dès la promulgation du décret de Hamrouche en 1990, avait accompagné le mouvement de libération citoyen d’octobre 1988 et s’est donné pour «mission» primesautière immédiate de prolonger cette contestation populaire et de lui conférer surtout un sens politique. L’autre béquille sur laquelle était censée s’appuyer cette révolte était les formations politiques autorisées par la Constitution de février 1989. Les mois et les années qui ont suivi le bouillonnement du début des années 1990 nous apporteront cette vérité amère : les partis n’ont pas pu jouer le rôle dont la société les a chargés. Le multipartisme débridé qui a conduit à de lourdes dérives ayant failli compromettre le caractère républicain de l’État algérien, le déficit de formation et de culture politiques chez la frange supposée être l’élite en la matière et les enjeux bassement matériels du moment ont fait que le soubassement idéologico-intellectuel du pluralisme politique s’est réduit à la seule presse écrite dite indépendante. “Voici que même les journaux se mettent à dire la vérité !” ; c’est en ces termes que le poète Aït Menguellet s’est exclamé en 2005 dans une de ses chansons où il imaginait l’Algérie idéale, rêvée par lui, dans laquelle la justice, le droit, la culture, la compétence et le commerce seraient florissants et seraient intériorisés comme valeurs sociales. Sur le plan politique et de la défense des libertés, la presse, au même titre que les organisations autonomes de la société civile constitue – lorsqu’elle n’est pas happée par les connivences mafieuses et les indignes allégeances – un véritable contre-pouvoir vécu dans les grandes démocraties du monde comme un «amortisseur» des élans autoritaristes, un avertisseur aux princes et un formateur d’opinion. C’est Napoléon qui se plaignait de cet «encombrant» compagnon en ces termes : «Je ne me chargerai pas de gouverner trois mois avec la liberté de la presse.» L’Algérie a, dans la logique du l’unicité de la pensée instaurée dès l’Indépendance, subi la loi de la censure dans le domaine de la presse comme dans tout le reste de la sphère de la vie publique. La traversée du désert avait duré un quart de siècle, une période pendant laquelle les libertés furent brimées et la presse muselée. Comme sous tous les régimes des «démocraties populaires», nous n’avions droit qu’à une presse gouvernementale qui répercutait et amplifiait la voix de son maître dans une inénarrable et débile propagande. La fameuse aventure intellectuelle entamée il y a 18 ans ne pouvait aller sans accrocs d’autant plus que, moins de deux ans après son lancement, cette presse sera la cible d’une autre agression autrement plus destructrice : le terrorisme. L’étroitesse de vue de nos gouvernants après tant d’efforts et de services rendus par la presse à la démocratie et à la citoyenneté ne bénéficiera d’aucune compréhension ou indulgence. Lorsque le 13 juin 2002 sortit le premier numéro de La Dépêche de Kabylie, l’Algérie vivait une énième «crise kabyle», celle du Printemps noir qui allait emporter 126 jeunes martyrs de la citoyenneté. Le pari pour le journal était de restituer par écrit et par photos la vie en Kabylie sous tous ses aspects. Une vie dure, laborieuse, mais exaltante par les efforts qu’elle réclame et par le bon sens qui préside à toute action entreprise sous ces latitudes. Outre qu’il était venu combler un vide criant en matière d’information de proximité, cet organe pu, pendant sept ans, mobiliser en son sein des énergies aux diverses potentialités. Celles-ci ont donné aura et audience au journal. Ce sont des faits qui se vérifient même sur de nombreux sites web qui reprennent ou commentent les produits de La Dépêche de Kabylie. La dernière réalisation qui a eu les chauds suffrages des lecteurs, particulièrement des élèves, est le supplément hebdomadaire en tamazight. Ce cahier nous a montré que l’attente en ce sens est immense et que les exigences en la matière vont crescendo. La Dépêche de Kabylie était venue sur la scène à un moment crucial dans la marche de la société kabyle, marche semée d’interrogations, de pertes de repères et de faillite de la classe politique. Il serait, bien entendu, présomptueux de penser qu’un simple journal pourrait combler ce vide effarant. Ce serait une vocation démesurée. Mais par un effort de pédagogie, de clarification et d’engagement à côté des forces démocratiques saines, elle pourra apporter une pierre à l’édifice. Sept années dans la vie d’un journal, est-ce assez pour le juger? Sept années de «guerre» contre l’enfermement médiatique et l’omerta, sept années de proximité à côté des habitants des villages et hameaux les plus reculés de la Kabylie et sept années porteuses d’une voie nouvelle, originale mais perfectible. Aux lecteurs de juger. Amar Naït Messaoud
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