selloum village kabyle

selloum village kabyle de la wilaya de bouira

12 janvier 2010

Entre hier et aujourd’hui Deux nouvelles années ont été fêtées ces dernières semaines, celle du calendrier grégorien et quelque

Entre hier et aujourd’hui

Deux nouvelles années ont été fêtées ces dernières semaines, celle du calendrier grégorien et quelques jours auparavant, Awal Mouharam, le Nouvel an hégirien. Chanceux que nous sommes, nous avons encore droit à un troisième Nouvel an, Yennayer, fêté chaque 12 du mois de janvier de chaque année. Si sur le calendrier hégirien, nous sommes en 1431, le calendrier berbère indique, quant à lui, l’accession à l’an 2960 ! Rien que ça ! Pourquoi 2960 ?

L’histoire dit qu’en 951 avant Jésus Christ, il y a 2960 ans, donc, un berbère est monté sur le trône égyptien, inaugurant la XXII dynastie. Il s’appelait «Cecnaq», (à prononcer chachnak). Le terme Yennayer est tiré des deux mots Yen et Ayyer (Yen signifiant le chiffre un ou yiwen et Ayyar signifiant la lune). Les deux mots réunis signifient la première lune ou le premier mois. Cette fête qui célèbre le passage au nouvel An berbère, reste incontournable pour les berbères du Maghreb.

Thaburrt Useguass est le rendez vous de nombreux rituels transmis de génération en génération, depuis bien longtemps. Même si les vieilles maisons se font rares en Kabylie, ceux qui y habitent, gardent une tradition propre à Yennayer. La veille de Yennayer, en effet, les femmes s’acquittent de la dure tâche de recouvrir les murs à la chaux «Aruchu s thumyilt».

C’est aussi cette occasion qui est saisie pour changer le trépied du feu «Elkanun». Ainsi les femmes vérifient ce qui se trouve sous les pierres qu’elles ramassent pour renouveler le trépied de leurs «kanun». Si elles trouvent un ver, cela signifie la naissance d’un garçon dans la famille.

Si elle est face d’une armée de fourmis, il est question d’augmentation de bétail. Si une herbe se laisse entrevoir sous les pierres, cela signifie une moisson abondante pour la nouvelle année.

Pour avoir une année abondante et riche, des céréales sont versées entre les jarres en terre «Ikufen». Aussi, pour être fixés sur la météo des quatre mois qui suit Yennayer, la veille de Yennayer, on dépose sur le toit, quatre coupelles en terre remplies de sel représentant chacune les mois de Janvier, février, mars, Avril (yennayer, furar, me_res et yebrir ). Le lendemain, on vérifie le niveau d’humidité du sel pour annoncer un mois arrosé ou non. Asfel fait également partie des rituels observés par la plupart des familles comme pour chasser les mauvais esprits et inviter les bons dans la demeure pour le reste de l’année. Le sacrifice d’un coq ou d’une poule sont les plus répandus. Ce sont ces bêtes sacrifiées qui sont au menu de la famille le soir de Yennayer. «Ma mère élevait elle-même les poules et coqs à sacrifier pour Yennayer. La veille de yennayer (Imensi N’Yennayer), elle prenait les plus empâtés pour nous les faire tourner au dessus de la tête, sept fois dans chaque sens. Elle nous expliquait que c’était pour attribuer à chaque membre de la famille son sacrifice.

Et que cela devait nous protéger du mauvais œil et des esprits maléfiques. Ma mère commençait par notre frère cadet, le seul garçon de la famille, puis terminait par nous, les deux filles pour lesquelles elle réservait une seule poule. Ma mère, égorgeait elle-même les volailles et les nettoyait en pleine cour. Le soir même, on humait avec plaisir le bon couscous garni de légumes et d’haricots secs», nous raconte Nna Aldjia, 72 ans qui note au passage qu’une partie du repas était toujours réservée aux nécessiteux. 

On ne doit pas être radins durant Laâwacher. Nul n’avait le droit de gouter aux mets avant de faire sortir El Waâda U Magvun, selon notre interlocutrice. Les ustensiles reviennent généralement aussi garnis car même quand on n’avait pas les moyens pour acheter de la viande ou se permettre un sacrifice, on avait toujours un petit peu de viande sèche gardé au cas où.

C’est Achedluh qui servira de viande pour la sauce du couscous de Yennayer. Le couscous d’orge n’est pas conseillé à préparer ce jour-là, car il est considéré comme le plat des pauvres et de par sa couleur sombre, constitue un mauvais présage. «Ma grand-mère parlait souvent de la sauce aux sept légumes secs qu’il fallait griller et incorporer à la viande lors de la cuisson. Je ne l’ai jamais goûtée.

Actuellement, même si j’essaie de maintenir la fête et d’en inculquer l’importance à mes enfants et petits-enfants, je ne pourrai jamais reproduire les rituels qu’observaient nos parents et grands-parents. Je prépare toujours les mêmes mets ceci dit», nous raconte Nna Aldjia. Il faut dire que malgré toute la volonté du monde, nous ne pouvons reproduire les rituels d’antan. Qui peut se permettre autant de volailles que de membres de sa famille avec les temps qui courent ? Il faut dire qu’avec les fêtes qui se succèdent, les petites bourses peinent à faire face à toutes ces réjouissances. Qui penserait à mettre des couverts pour les absents ? Dans le temps, la part des absents était toujours prévue lors des repas. Des couverts leurs sont même prévus. Il s’agit principalement des filles mariées et des immigrés. Assas Buxxam (le gardien de la maison) a aussi droit à son couvert et une part du repas. Les plats ne doivent pas se vider pour que les biens abondent pour le reste de l’année et que la faim ne s’avise jamais à frapper à la porte.

Les rituels changent d’une région à une autre et Thabburrt Useguass reste une fête familiale qui permet significatrice de partage et de convivialité. De nos jours, Yennayer a su garder son sens et toute sa dimension. Si tous les rituels n’ont pas su résister au temps, il en demeure que certains ne semblent pas avoir souffert des effets de ce dernier. C’est, ainsi, que Thaburrth Usseguass est resté le rendez-vous des gestes de bon augure pour les nouveaux-nés et les femmes enceintes.

Les garçons, qui sont nés avant la nouvelle année berbère, sont particulièrement choyés durant cette fête. Ils ont droit à tous les égards et Yennayer devient leur fête. 

Une liste de mets et de plats prévus pour cette occasion devient de plus en plus longue. Du simple couscous à la sauce et du célèbre Berkoukes et Seksu Tassilt, on passe à des mets modernes ou même traditionnels mais «importés » d’autres régions du pays. La préparation des beignets ou Lesfendj est inévitable à Yennayer. Lesfendj et non pas des Lemsemen (pâte feuilletée) parce que ce dernier ne contient pas de levain.

Il faut impérativement des gâteaux qui lèvent. Or, pour que la vie de l’enfant, qui assiste au premier Yennayer de son existence, soit synonyme de félicité et de richesse, il faut des symboles de bon augure. 

L’enfant en question est choyé comme un prince. Il est l’objet de toutes les attentions. Le soir de Yennayer, il est généralement vêtu d’habits neufs et se fait couper une mèche de cheveux. Dans certaines localités, l’enfant est mis dans El Djefna (grand plat où l’on roule le couscous pour rester dans le registre de la prospérité et de la réussite). On lui verse une pluie de bonbons et de friandises sur la tête. Les enfants sont généralement ravis d’autant de gestes et d’attention à leurs égards quel que soient leurs âges. «Je n’oublierai jamais la tête de mon fils quand il a reçu sur la tête des kilos entiers du fruit défendu ! il n’avait jamais gouté un bonbon de sa vie avant Yenneyer de l’année passée.

Quand sa grand-mère l’a placé dans El Djefna, il a eu peur au départ mais dès qu’il a reçu toutes les friandises sur la tête, on a eu du mal à le déplacer de là. Ma belle-mère avait pris le soin de lui couper une petite mèche auparavant. Ses oncles et tantes venus pour l’occasion, lui ont improvisé une petite fête. On a mis de la musique et mon fils a fait ses premiers pas de danse. C’était vraiment sa fête. Une fête de Yennayer plutôt moderne d’ailleurs, grâce à l’ambiance que les tontons de mon fils ont fini par imposer au grand désespoir de ma belle-maman ! », nous raconte Saliha, 34 ans qui se prépare pour passer Yennayer en famille chez sa belle-mère car Yennayer est une fête qu’on célèbre en famille. Dans le temps, les enfants petits et grands se réunissaient autour du kanoun pour écouter les innombrables et non moins passionnants contes berbères.

C’est ainsi que les enfants pouvaient comprendre la dureté de l’’hiver, à travers le «conte de la vieille» : «Une vieille femme, croyant l'hiver passé, sortit un jour de soleil dans les champs et se moquait de lui. Yennayer mécontent emprunta deux jours à furar et déclencha, pour se venger, un grand orage qui emporta, dans ses énormes flots, la vieille».

Chez les At-Yenni, la femme fut emportée en barattant du lait. Chez les At-Fliq, Yennayer emprunta seulement un jour et déclencha un grand orage qui transforma la vieille en statue de pierre et emporta sa chèvre. Ce jour particulier est appelé l'emprunt «Amerdhil». Dans certaines localités, on le célèbre chaque année, par un dîner de crêpes. Le dîner de l'emprunt «Imensi u merdhil» fut destiné à éloigner les forces mauvaises. A Azazga et à Béjaïa, la période de la vieille «thimgharin» durait sept jours. On comprend mieux les paysans qui évitent de sortir les animaux tout le long de Yennayer, quel que soit le temps qu’il fait !

S.A.B.

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Posté par djamelslimani à 11:12 - ARTICLE DE PRESSES - Commentaires [0] - Permalien [#]

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