16 mai 2009
M. Hocine Hamitouche, vice-président de l’APC
Vu le nombre d’habitants qui y vivent, et le manque de moyens dont elle souffre, la commune d’Aghbalou, n’arrive pas à subvenir et à satisfaire tous les besoins de sa population. Nous nous sommes rapprochés de l’un des membres de l’exécutif communal, en l’occurrence Hocine Hamitouche, vice-président de l’APC, qui nous a reçu et a répondu à toutes nos questions. La Dépêche de Kabylie : Nous avons constaté ces jours-ci le rapiècement du CN°10, au lieu de sa réfection ou de sa rénovation : qu’en dites vous ? Hocine Hamitouche : C’est vrai, et cela est venu après plusieurs contacts et coups de téléphones passés aux services de la wilaya concernés car, ceci ne relève pas de notre compétence, mais c’est celle de cette dernière. Que pensez-vous de ces pannes d’électricité répétitives et les chutes de tension à différents endroits ? Comme tout le monde le sait, ou, néanmoins, la plupart de nos concitoyens, le réseau électrique fut installé dans les années soixante-dix, et l’on constate qu'il est usé, et actuellement, on travaille d’arrache-pied pour le rénover. Et comme beaucoup de citoyens ont bénéficié de logements neufs, on installera de nouvelles lignes, et d’autres générateurs, et on optera pour la rénovation totale, afin d’en finir avec toutes ces pannes. Beaucoup de gens se plaignent, car il disent que l’alimentation en cette denrée est dérisoire... La mairie a de tout temps œuvré pour la satisfaction des besoins de sa population en cet élément indispensable pour la vie de chacun de nous, mais vu l’état défectueux des stations, qui engendrent des pannes répétitives donc celles-ci, et surtout la 4e, qui se trouve à hauteur d’Ighil-Azem, vont contre nos attentes, et celles de nos concitoyens qui est l’absence de l’eau dans les robinets. Notons que l’APC prend toujours en charge les stations de l’AEP, au niveau de tous les villages qui composent notre commune, et une enveloppe budgétaire de 500 millions de cts a été dégagée pour la rénovation de 5 stations de pompage de l’AEP et n’oublions pas d’ajouter que la conduite acheminée depuis l’Ainsar avarkane (Source noire) située au nord de la localité de Saharidj, qui est censée alimenter la commune en eau potable, est malheureusement jusqu’à présent sèche, et l’eau n’a jamais coulé du robinet pour de multiples raisons. Nous avons remarqué, l’installation d’un seul dévidoir de déchets ménagers : est-ce suffisant pour tout un village qui compte plus de 4000 âmes ? C’est insuffisant bien sûr ; laissez-moi vous dire, que nous avons fait une demande de 4 ou 5 dévidoirs pour le seul village d’Ivahlal ; mais un seul, nous a été livrés et l’avons immédiatement installé et sans trop tarder le service de l’environnement a demandé une enveloppe avoisinante les 20 à 25 milliards de dinars, afin de prendre en charge comme il se doit ce problème ; et bien sûr la première chose à faire, est de réaliser une décharge sous-terrainne, si toutefois l’argent nous parvient. Car, actuellement, nous avons reçu plusieurs plaintes et à différentes reprises, émanant du propriétaire du terrain situé sur la RN 15 et géographiquement, il appartient ou relève du territoire de la commune de Béni-Mlikeche de la wilaya de Béjaïa, faute de l’inexistence d’un lieu semblable sur le territoire de notre commune. Et la Jeunesse…? C’est un volet qui souffre énormément, car l’APC ne dispose que l’un budget maigre, car notre commune est sixième à l’échelle de la wilaya, du point de vue démographique, et le taux de chômage est de 30% ; pour satisfaire la demande d’emploi de tous ceux-là, il faut recruter pas moins de 250 personnes à la fois et cela chaque semestre par des contrats dans le cadre du FS et de l’ESIl, mais vu le manque flagrant des moyens financiers, et l’insuffisance d’engins et d’autres matériaux, on ne le peut pas, et actuellement on recrute 70 ou 80 nouveaux demandeurs tous les six mois, et ce à tour de rôle. Ajoutant que des enveloppes budgétaires, quoiqu’elles soient minimes sont distribuées à des associations en différentes occasions. Et en ce qui concerne les œuvres sociales ? On alloue 450 dinars mensuellement pour chacune des vieilles personnes vivantes sur le territoire de la commune, et n’ayant pas de ressources et si vous l’avez remarqué, durant le mois de ramadhan, on a distribué des couffins d’aliments pour les plus démunis, et cela même lors des fêtes religieuses. L’APC organise aussi des rendez-vous, pour la circoncision de tous les enfants de cette catégorie. Et pour la culture ? Malgré le manque de moyens financiers et de matériel, dont on souffre énormément, nous répondons toujours favorablement aux différentes manifestations culturelles, et nous sommes de tout temps présents. La mairie dispose de 4 bus : sont-ils suffisants ? Bien que comme vous le dites, insuffisants, mais nos chauffeurs travaillent d’arrache-pied, et couvrent 90% du transport scolaire, ils travaillent même pendant les week-end, en s’engageant dans les excursions. Et en ce qui concerne les fourgons de 9 places, à tendance légère, moi-même en tant que vice-président de l’APC je me suis déplacé à plusieurs reprises à Bouira et à Alger dans le but de régler cette situation, mais sans résultat, vu le règlement qui donne la priorité aux véhicules neufs aménages pour 12 places et plus, alors c’est au delà de nos possibilités. Et concernant la question de l’éducation ? Pour ce secteur, disons fondamental, l’APC gère 11 écoles, et prend toujours, et comme elle l’a de tout temps fait, en charge les réfections, et l’installation de nouvelles cantines scolaires, comme c’est le cas de celle de M’Likchi située à Takerboust, où la plus récente fut ouverte au service de ses bambins. Un dernier mot ? Le P/AC déplore les salaires que touchent les élus, qu’il estime comme étant de très faibles et très insuffisants ; et à cet effet il persiste et signe en s’adressant à la tutelle qui est le ministère de l’Intérieur, et l’invite à revoir cela, pour une énumération plus décente. Nous souhaitons bonne continuation à votre quotidien, et bienvenue à tout reporter qui demande entretien et à tout moment. Nous avons un grand espoir à ce que la situation progresse pour le mieux, et sommes très optimiste quant au bon suivi des chantiers. H. A.
Les contraintes d’une municipalité et l’optimisme des élus
Aghbalou, est une commune distante d’environ 60 km à l’est du chef-lieu de la wilaya de Bouira, et c’est l’une des plus peuplées, car elle est classée sixième à l’échelle wilayale. Cette commune dont le sol est escarpé, d’où l’absence de terrains propres à l’agriculture, quoique beaucoup de ses habitants sèment leur parcelle pour l’usage personnel, car ils ne peuvent pas faire autre chose. Et vu, la situation géographique à caractère montagnard, la vie est un peu difficile, surtout en hiver, faute de moyens appropriés. En faisant une tournée à travers les villages qui la composent, où on a constaté leur sous-développement, et le ras-le-bol des habitants, qui souffrent du manque de toutes les commodités nécessaires à la vie décente et normale, et tout cela se passe dans le silence, surtout en ce qui concerne le village d’Ighil-Ouchekrid situé plus à l’est ; où nous avons rencontré un quadragénaire qui nous a livré son impression quant à la situation qui prévaut dans toute la région, en montrant des signes de mécontentement vis-à-vis des élus des pouvoirs publics, qui, dit-il, ne font pas leur devoir convenablement envers les citoyens ; et de continuer, en nous invitant à voir l’état des lieux nous-même. Ce jeune de Béni Hamdoune fait illusion à l’état du CW n°10 qui est dans un état de délabrement avancé, et le chômage qui rend les gens impuissants et vulnérables face à la cherté de la vie. On a remarqué à Takerboust et Bahalil, les déchets ménagers entassés dans certains lieux, d’où émane une odeur nauséabonde, avant le passage des véhicules de la municipalité chargés de les ramasser, de les nettoyer, ainsi que les acheminer, vers la soit-disante décharge publique qui n’est autre que la propriété privée d’un citoyen de la commune de Beni-M’likeche de la wilaya de Béjaïa, qui est las de réclamer et d’adresser des requêtes multiples aux élus de la commune d’Aghbalou, pour l’en débarrasser mais sans résultats. Pour notre part, en passant par là, on a constaté et noté que la chaussée de ce lieu est couverte de ces déchets parsemés par le vent, et envahie par des chiens errants, qui se régalent des résidus, et d’où se dégage un air irrespirable ; tout cela est vraiment insensé. En s’entretenant avec de vieilles personnes et ainsi que les moins âgées, on a constaté que leurs avis sont partagés, il y a ceux qui apprécient ce que font les élus, car comme ils disent, les budgets alloués sont trop maigres, et ne peuvent pas satisfaire tout le monde ; et ceux - qui voient les choses autrement, en disant que les pouvoirs publics sont insensibles face à cette situation que vivent leurs concitoyens. Pourquoi ne vont pas faire des requêtes, et taper sur les bureaux de leurs tutelle, et les instances concernées ? Pour répondre à toute ces questions, nous nous sommes rapprochés de l’un des membres de l’exécutif communal. H. A.
Patrimoine archéologique et histoire dans les communes de Ouled Rached et d’Ahl El Ksar
“Le patrimoine a besoin qu’on s’occupe de lui. Il a traversé les siècles et il est l’émanation physique de notre mémoire. Si cette mémoire venait à disparaître, il ne faudrait s’en prendre qu’à nous-mêmes...”
Abderahmane Khelifa, historien et archéologue algérien
Le patrimoine archéologique et historique, important, d’Ahl El Ksar a été jusqu’à un passé récent méconnu. Cependant, une initiative embryonnaire de restauration de cet héritage commence à porter ses fruits. Pour que ce trésor considérable puisse être restauré, il est souhaitable d’impliquer les populations, notamment locales, qui sont son réservoir et son meilleur gardien. En effet, Ouali Amar, Mechat Saïd, Ahmed Menas, Ouali Saïd, tous natifs de la région, sont des pionniers et chercheurs passionnés de l’histoire de leur contrée, qui, laborieusement, ne cessent de mettre au jour cet héritage. Assurément, inscrits dans cette optique, ils réussissent un travail de restauration et de reconstitution de la mémoire collective de la région.
De... la genèse
Ahl El Ksar, commune mère, englobant avant le dernier découpage administratif la commune actuelle d’Ouled Rached, est appelée depuis jadis Achir (château en tamazight). Ses habitants seraient appelés pour cette raison les gens d’Achir, d’où aujourd’hui, l’appellation arabisée, Ahl El Ksar. Certains soutiennent, nous-dit-on, qu’à l’origine du côté de Aïn Begra, région de Ouled Rached, il y avait un château d’une dynastie inconnue des historiens ou du moins non rapportée par aucun manuscrit. On raconte aussi que des écritures se trouvent encore sur certains vestiges de ce château (Achir) à Aïn Begra. Mais on ignore encore le bâtisseur et encore moins l’ère et la dynastie auxquelles il appartient. A partir de là, on croit savoir que le nom de la région aurait été donné à ce château. Il est à signaler, dans le même sillage, plusieurs autres sites dans la région, dont seuls des vestiges subsistent encore mais sans pour autant pouvoir savoir davantage sur l’époque où ils ont été construits, voire par qui. A ce titre, on peut citer les vestiges se trouvant au sommet d’une montagne de plus de 900 mètres d’altitude à Taghzout. En effet, les habitants gardent encore l’appellation des lieux, Tadar d’Ighil Oumarou et pas loin de cet endroit des statuettes taillées sous la forme de têtes humaines. Ils sont donc des vestiges qui, sans doute, datent d’une époque très lointaine, mais laquelle ? On ne le sait pas. Tandis que d’autres soutiennent une autre version sur l’origine d’Ahl El Ksar, celle-là semble “vérifiée”. Alors, dit-on, du côté de Kherrata, Béjaïa, à l’époque ottomane, au début du XVIe siècle, il y avait un notable kabyle qui avait une très belle fille, très convoitée, nommée “M’lawa”. Un militaire de l’armée ottomane, présent sur ces lieux, épris probablement d’elle, ne cessait de demandait sa main. le père, attaché aux traditions, opposa un refus irréversible. En effet, lassé sans doute par une situation embarrassante, et pour parer à d’éventuels “scandales”, le père se déplaça en compagnie de sa fille et de sa famille à une centaine de kilomètres plus loin, construit un château et s’y installa. Il paraît que c’est ce château là qui donna par la suite le nom à la localité de Leqsar, localité relevant de Béjaïa. Quelques années plus tard, le militaire turc avait fini par retrouver les traces de la dulcinée et se rendait de temps à autre dans la région. Un temps plus tard, après la mort du père qui ont lieu en ce château-là, les oncles de la fille, au nombre de trois, intervinrent et firent fuir M’lawa à des centaines de kilomètres vers le sud. L’attention des fugitifs, après un long périple, fut sûrement attirée par l’apparition de deux pics, d’environ 900 mètres d’altitude, visible de loins. C’est donc vers la colline Est qu’ils se dirigèrent et s’installèrent sur le versant sud puisque de nos jours, on parle encore d’une source d’eau et de ruines. Ainsi, donc, ces fugitifs, et pour s’identifier dans cette nouvelle contrée qu’ils viennent d’occuper, ont tenu à se faire appeler “Ath Leqsar” pour signifier aux autres, et à eux-mêmes, qu’ils possédaient un “qasr” ailleurs et qu’ils l’avaient abandonné pour des contraintes. C’est pourquoi, le territoire d’Ath Leqsar commence de l’endroit où, jadis, M’lawa avait posé ses pieds. Un village, où ces pics, sont encore appelés M’lawa en mémoire à cette fille. Il fut un temps, les habitants d’Ath Leqsar faisaient “El qaâda” dans ces deux pics en immolant des bêtes. Ainsi, la robe traditionnelle de la région, unique dans la Kabylie, est confectionnée en noir et partiellement en rouge, en signe de deuil pour cette fille. Il convient de signaler enfin que le militaire othoman a fini encore une fois de retrouver l’abri de M’lawa. Il se rendait plusieurs fois en compagnie de ses soldats en suivant une route qui va de M’chedallah et aboutit à Ath Leqsar, cette route porte même aujourd’hui le nom de “Avrid U Turki”, la route du turc. On relève aussi qu’une bonne partie des oliviers du désormais village de M’lawa sont les plus anciens dans la région et sûrement les premiers a être griffés.
Kanoun des Ath Leqsar
Dans un passé lointain, la région était composée de trois grands villages, Ath Rached Ouali, Ath Abdellah Ouali et Ath Ali Ouamar. Alors que, respectivement les deux premiers villages existent encore, le village d’Ath Ali Ouamer a complètement disparu, il n’y reste que quelques vestiges témoins d’un passé peu connu et on ignore les raisons de cette disparition. Comme toute structure sociale d’antan, les Ath Leqsar avaient leur propre “constitution”. Ainsi, on peut lire, entre autres, dans l’article n°1 : Quiconque a volé une jument, ou un mulet, ou un bœuf, ou tout autre animal de service, paye, si le fait est constaté, dix douros d’amende... Aussi, dans l’article n°76 : Quiconque excite un trouble parmi les gens en propageant des calomnies et de mauvais propos, paye un douro d’amende, et en cas de récidive, est chassé du pays.
En somme, ces articles et lois bien qu’ils reflètent une superstructure d’un moment donné dans l’histoire de la région, nous renseignent sur l’organisation de la vie et des intérêts des populations.
Les Ath Leqsar et... l’Emir Abdelkader
En 1510, quand Béjaïa, la capitale du Royaume hammadite, fut tombée entre les mains des Espagnoles, elle se replia à la Qalaâ de Medjana sur un sommet inexpugnable dans les montagnes des Bibans. Elle fonda alors un nouveau royaume appelé royaume des Ath Abass. Cette dynastie, dans son émancipation, installa des villages satellites aux alentours de son royaume, et sentant aussi son pouvoir influent, elle allia à ses rangs les villages des rives sud de Djurdjura, des flans des bidans et aussi les Bobors dominant les vallées du Sahel et de la Soummam. Ath Leqsar, située aux confins nord-ouest des Bibans, était donc dans cette logique d’influence, des villages satellites, qui, à l’égale de cette dynastie, était indépendante auxquels ses habitants ne payaient point de tribut. Par ailleurs, les habitants d’Ath Leqsar étaient marqués par des soulèvements et parfois d’immigrations forcées. En effet, la grotte d’El Ghar à Tihemziyine à longtemps servi d’abri pour les populations au moment des soulèvements contre l’occupant. Cette grotte, dit-on, longue de plusieurs kilomètres, continue, à nos jours, à nourrir le mystère puisque jamais explorée. Alors, les Ath Leqsar, pénétrés de cette tradition d’indépendance et de rébellion, entreront en dissension avec Bensallem, khalifa de l’Emir Abdelkader, qui voulut les astreindre sous sa dépendance en automne 1839. En effet, les Ath Leqser avaient reçu de ce khalifa trois lettres consécutives qui réclamaient ce l’Achour et la Zakat en retard, étaient demeurées sans réponse. A la troisième contenant des menaces énergiques, les gens d’Ath Leqsar font mandater un des leurs chargé de dire au khalifa seulement ces paroles : “Dir Aachra Oua Krass”, c’est-à-dire ; “mets dix balles dans ton fusil et viens combattre”. “L’insolence” de cette bavarde n’a pas laissé Bensallem indifférent. Celui-ci demanda du secours à l’Emir Abdelkader. Alors Bensalem était allé assiéger Ath Leqsar. On avait combattu, parlementé, puis on avait repris les armes ; les conditions du khalifa semblaient être trop dures. Enfin, dans un dernier engagement, Bensalem était parvenu à attirer les combattants d’Ath Leqsar hors de leurs postes retranchés. Après de rudes combats, Bensalem sortit vainqueur. Il était resté quinze jours sur les lieux, tant pour instituer des chefs que pour rançonner la malheureuse région. Comme il allait partir dans l’ivresse du succès, on vint tout à coup lui apprendre que le fils du roi des Français franchissait les Bibans à la tête d’une armée importante, et pénétrait son territoire. Cette colonne française où se trouvait en effet le prince royal, avait pour chef réel le Maréchal Valée, gouverneur général, exécutant alors la reconnaissance entre Constantine et Alger. Bensalem fait une prompte retraite, qui dégénérera bientôt en fuite. Car exaspérés de “sa rigueur” et le voyant “embarrassé”, les gens d’Ath Leqsar s’insurgèrent aussitôt, le poursuivirent et “lui reprirent à peu près tout ce qu’il leur avait enlevé”.
Les Ath Leqsar et…la révolte d’El Mokrani
Menée par Mohand Amokrane (El Mokrani) et cheik Mohand Ameziane Aheddad, chef de la zaouïa Errahmania à Seddouk, la révolte commença en mars 1871. Ath Laqsar faisait partie du contingent commandé par Boumezrag. Un groupe d’insurgés d’Ath Leqsar, sachant que le colonel Gouraud était en marche vers Aumale (Sour El Ghozlane) pour se ravitailler, vint razzier près d’El Esnam les troupeaux de Beni Meddour, Merkala et Oued El Berdi, nouvellement soumis. Le 15 juin, Boumezrag, à la tête d’une centaine de cavaliers et de fantassins d’Ath Leqsar, tomba sur Beni Amrane entre El Esnam et Aïn Hazem et leur enleva des centaines de moutons et une dizaine de bœufs et chevaux. Ayant appris la dernière razzia de Boumezrag, le colonel Gouraud qui, le 17 juin, était arrivé à Oued El Berdi allant vers Aumale, prit ses dispositions pour marcher le lendemain contre les rassemblements installés à Ath Leqsar. Il envoya un courrier au colonel Trumlet à Sidi Aïssa pour l’inviter à appuyer ce mouvement en faisant une démonstration vers Oued Khris. Le 18 juin au matin, le colonel Gouraud se mit en route, mais au lieu de prendre l’un des deux chemins tracés qui, de l’Oued Sahel, conduisent au groupe formé par les trois villages d’Ath Leqsar, il prit à travers les bois et suivit la crête dite Ighil Iguenni qui aboutit au col dominant le plateau sur lequel sont érigés les trois villages. Surpris par cette attaque survenant d’un côté qu’on croyait impraticable pour une colonne française, les gens d’Ath Leqsar prirent la fuite et firent filer leurs troupeaux. Ils arrivèrent alors trop tard pour défendre le col, qui fut occupé par les éclaireurs. Les positions dominant les villages de l’autre côté furent ensuite occupées par ces mêmes éclaireurs, après un engagement avec les fantassins d’Ath Leqsar. Quand le gros de la colonne arriva, les villages étaient déserts. Le colonel Gouraud les incendia et démolit la maison de Lamine Ben Amar, principal chef des insurgés. Entre-temps, le colonel Trumlet venu avec 600 cavaliers de Sidi Aïssa, à la rescousse de Gouraud, se trouva à Oued Khris nez à nez avec les forces d’El Mokrani, venues appuyer Ath Leqsar retranchés dans les bois. L’affrontement fut si violent que les Français ont subi une forte perte et furent obligés à battre en retraite.
De…l’époque coloniale
Les premières écoles ayant été érigées dans la région d’Ath Leqsar datent pour certaines depuis plus d’un siècle. En effet, on peut citer, l’école d’Ath Rached Ouali de langue française construite en 1902. Elle fut la première du genre dans la région toute entière. Les cours furent dispensés par un certain Zaâmoum, originaire d’Ighil Moula, qui n’est que le père de feu Ali Zaâmoum, un des chefs de la Wilaya III historique. Les deux écoles de Tilioua qui dispensèrent des cours du Coran datent d’avant la Guerre de Libération. L’école de langue arabe d’Ath Abdellah Ouali érigée en 1945, a été construite par les adeptes du courant des Oulémas, les habitants appelèrent les cours dispensés par cette école “Tabadissit”. L’école de langue française d’Ath Rached Ouali créée en 1947, se voulait une ouverture sur la modernité et la laïcité. Aussi, d’autres écoles ont été construites pendant la Guerre de Libération dont les cours étaient assurés soit par des “volontaires” venant d’outre-mer, soit par des militaires français. Durant la Guerre de Libération, Ath Leqsar, faisant partie de la Wilaya III historique, a joué un rôle important en raison de sa position stratégique pour les insurgés et leur ravitaillement. Cependant, la concentration des forces françaises était forte dans cette zone : 6 camps militaires, 6 cités de regroupement et un centre de torture et un SAS. Le centre de torture de Tilioua, à 5 km du chef-lieu de la commune, était d’abord un poste des gardes forestiers qui fut construit à la fin du XIXe siècle pour l’exploitation du bois. A partir de 1956, ce poste a été transféré en garnison servant de siège du SAS et connut un agrandissement pour les besoins des militaires français. Ce camp a abrité le 7e Hussards et le 19e RCC, réputés pour leurs combats. Le fait le plus marquant pour l’armée française est qu’en 1958, des supplétifs indigènes ont fomenté une conspiration lors des distractions de la fête du 14 Juillet. En déjouant la surveillance ennemie, ils ont raflé armes et munitions pour aller rejoindre leurs frères insurgés. Cependant, ce centre de torture était célèbre pour avoir été fatal pour tous ceux qui y ont été incarcérés. Souvent, ils ont torturés à mort ou exécutés tout court. Des hommes comme des femmes, tous âges confondus, ont souffert le martyre. Les séquelles de certains ayant survécu à nos jours témoignent de l’atrocité du colonialisme. Malheureusement, ce site qui devrait être restauré en musée se trouve dans un état de délabrement très avancé. Par ailleurs, l’engagement des habitants d’Ath Leqsar dans la lutte pour la libération furent marqué par, entre autres, des batailles comme celle de Talamine, où l’armée française a utilisé, selon des historiens, des bombes au napalm. Mais ses pertes totalisent 70 morts, une dizaine de blessés et deux avions abattus. Ainsi, la bataille d’Ighil Oumalou a vu l’armée coloniale peotre, plus de 20 soldats, une dizaine de blessés et un avion abattu. Aussi, la bataille de S’rour à Assif Lekhmiss où il a été tendu une embuscade à un convoi militaire français. Pris au dépourvu, les militaires français n’opposèrent aucune résistance et furent tous anéantis ; 22 soldats dont deux officiers.
Le devoir de mémoire
Il faut dire, enfin, que d’autres sites et vestiges sont encore méconnus. La seule volonté des uns ou des autres, digne soit-elle, devrait être accompagnée par un travail d’historiens et d’archéologues pour faire davantage la lumière sur l’Histoire de la région. Un patrimoine si précieux qui devrait être restaure et valorise par un travail soutenu par les autorités concernés.
L. M.